Journée internationale de la paix 2026 : investir dans la paix et ouvrir les tables de négociation aux femmes

Journée internationale de la paix 2026 : investir dans la paix — veille internationale BPW France
Veille internationale · BPW International · 21 septembre 2026

Le 21 septembre 2026, BPW International a publié le message de sa présidente Diana Barragán Medina pour la Journée internationale de la paix, placée cette année par les Nations unies sous le mot d’ordre « Invest in Peace — For Everyone, Everywhere, Every Day ». Le texte rattache explicitement la paix à l’éducation des femmes, à leur indépendance économique et à leur présence dans les instances de décision, sous la bannière « Peace Through Empowerment » que le réseau emploie depuis plusieurs triennats. Les données des Nations unies donnent à ce message un cadrage sans ambiguïté : en 2024, les femmes ne représentaient que 7 % des négociateurs et 14 % des médiateurs dans les processus de paix formels, pendant que les dépenses militaires mondiales atteignaient 2 700 milliards de dollars. Pour les clubs français, cette date du 21 septembre et le statut consultatif de BPW International auprès de l’ECOSOC depuis 1947 fournissent deux points d’appui concrets pour une prise de parole locale.

Ce que dit le message du 21 septembre 2026

Le message est signé Diana Barragán Medina, avocate, présidente de BPW International pour le triennat 2024-2027 sous le thème « Inspire, Innovate, Empower, Transform: Together we Shape a Sustainable Future ». Il est publié dans la rubrique President’s Messages du site de la fédération internationale, où il succède à « Turning Hope into Opportunity » (10 juillet 2026) et à « Living Together in Peace: A BPW International Perspective » (16 mai 2026). La continuité de ces trois textes n’est pas anodine : la paix est, pour ce triennat, un fil directeur et non une commémoration isolée.

La thèse du texte tient en une phrase : « Peace is not simply the absence of war. » La présidente y développe l’idée que la paix se construit par l’autonomie : l’accès des femmes à l’éducation, leur indépendance économique et leur représentation aux postes de direction sont présentés non comme des conséquences de la paix, mais comme des conditions de sa durabilité. Deux autres formules structurent le propos : « Empowered women strengthen families, transform communities » et « Peace cannot be achieved while women and girls continue to face violence ».

Les cinq points d’action adressés aux membres sont explicites : faire de la paix une responsabilité quotidienne, investir dans l’autonomisation des femmes, promouvoir le dialogue et la solidarité, remplacer la division par la compréhension et l’indifférence par l’action, exercer un leadership éthique et une responsabilité collective.

« Invest in Peace » : d’où vient le mot d’ordre onusien

La Journée internationale de la paix a été instituée par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies en 1981. En 2001, l’Assemblée générale a voté à l’unanimité pour en faire une journée de non-violence et de cessez-le-feu, fixée au 21 septembre. Le thème retenu pour 2026, « Invest in Peace — For Everyone, Everywhere, Every Day », déplace délibérément le regard des sommets diplomatiques vers les pratiques ordinaires : l’Organisation parle d’« architectes quotidiens de la paix » et rappelle que la paix « n’est pas seulement construite dans des salles de conférence ». Le Secrétaire général António Guterres y invite à s’inspirer « du courage de celles et ceux qui défendent la paix dans les quartiers, les salles de classe et les communautés ».

Ce cadrage explique l’angle choisi par BPW International. Un réseau de clubs locaux, implanté dans plus de cent pays, correspond assez exactement à la définition onusienne d’un acteur de terrain : il ne négocie pas d’accords, mais il forme, finance, recrute et donne la parole. Le mot « investir » autorise par ailleurs une lecture budgétaire, que les chiffres ci-dessous rendent difficile à éluder.

Les chiffres qui donnent sa portée au message

La statistique la plus souvent citée reste la plus parlante : en moyenne sur la période 2020-2024, les femmes ont représenté 7 % des négociateurs dans les processus de paix formels à l’échelle mondiale, et 14 % des médiateurs. Près de neuf pistes de négociation sur dix ne comptaient aucune femme négociatrice, et deux tiers des efforts de médiation se sont déroulés sans elles. Dans les processus conduits ou coconduits par les Nations unies, où l’on pourrait attendre un meilleur résultat, la part des négociatrices s’est établie à 18 % en 2024 — en recul par rapport à 19 % en 2023 et 23 % en 2020.

La part des femmes parmi les signataires d’accords de paix atteint 20 % en 2024, mais retombe à 7 % si l’on exclut les accords colombiens, qui tirent la moyenne vers le haut. Côté contenu, 31 % des accords de paix et de cessez-le-feu conclus en 2024 mentionnaient les femmes, les filles ou le genre : c’est une progression réelle par rapport aux 12 % enregistrés entre 1990 et 2000, mais cela laisse plus des deux tiers des textes silencieux.

Le contexte, lui, s’est dégradé. En 2024, plus de 185 conflits armés actifs ont été recensés, et 676 millions de femmes et de filles vivaient à moins de 50 kilomètres d’un conflit meurtrier — soit 17 % de la population féminine mondiale, le niveau le plus élevé depuis les années 1990. Plus de 4 600 cas de violences sexuelles liées aux conflits ont été documentés, une hausse de 87 % entre 2022 et 2024. Fin 2024, 123,2 millions de personnes étaient déplacées de force, dont plus de 60 millions de femmes et de filles exposées à un risque accru de violences fondées sur le genre. Les pertes civiles parmi les femmes et les enfants ont quadruplé par rapport à la période biennale précédente.

2 700 milliards d’armement, 186 millions pour les organisations de femmes

C’est sur le terrain budgétaire que le mot d’ordre « Invest in Peace » prend tout son sens. Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 700 milliards de dollars en 2024, avec la plus forte progression annuelle depuis la fin de la guerre froide. Seuls 3 % des pays ont réduit leur budget militaire, et 1 % ont réaffecté des crédits vers des programmes sociaux ou d’égalité.

En face, l’aide bilatérale aux contextes fragiles s’est élevée à environ 50 milliards de dollars sur 2022-2023, dont 21 milliards — 49 % — comportaient un marqueur égalité femmes-hommes. Mais la part qui parvient directement aux organisations dirigées par des femmes dans les zones de conflit n’est que de 0,4 %, soit environ 186 millions de dollars par an. Le minimum recommandé par les Nations unies est de 1 % de l’aide publique au développement. L’écart entre 2 700 milliards et 186 millions est d’un facteur supérieur à 14 000.

Ce que disent les responsables onusiennes

Sima Bahous, directrice exécutive d’ONU Femmes : « Les femmes et les filles sont tuées en nombre record, écartées des tables de paix et laissées sans protection alors que les guerres se multiplient. Les femmes n’ont pas besoin de promesses supplémentaires, elles ont besoin de pouvoir, de protection et d’une participation égale. » Le Secrétaire général a pour sa part averti que les acquis étaient « fragiles et, ce qui est très préoccupant, en train de reculer ».

Pourquoi la participation des femmes change le résultat

L’argument n’est pas seulement normatif. Le rapport du Secrétaire général sur les femmes, la paix et la sécurité relève que les expériences de la Colombie, du Liberia et des Philippines montrent que la participation des femmes augmente la probabilité qu’un accord soit conclu et sa durabilité dans le temps. L’agenda « Femmes, paix et sécurité » repose sur la résolution 1325 du Conseil de sécurité, adoptée en 2000 : elle a franchi en 2025 le cap de ses vingt-cinq ans, et le bilan dressé à cette occasion a été qualifié par la direction d’ONU Femmes d’histoire de « promesses non tenues ».

C’est précisément l’articulation que propose le message du 21 septembre : si l’inclusion des femmes améliore la qualité des accords, alors toute politique qui renforce leur formation, leur revenu propre et leur accès aux fonctions dirigeantes est un investissement de paix, y compris lorsqu’elle se déploie très loin des zones de conflit.

« Peace Through Empowerment » : une tradition ancienne du réseau

Le rapprochement entre paix et autonomie économique n’est pas une nouveauté de ce triennat. La fédération internationale a été fondée le 26 août 1930 à Genève par Lena Madesin Phillips, avocate américaine, à partir d’un mouvement qu’elle avait lancé en 1919 ; elle en a assuré la présidence jusqu’en 1947. Les six pays fondateurs étaient l’Autriche, le Canada, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et les États-Unis : la France figure donc parmi les membres d’origine, à une date où la coopération internationale des femmes professionnelles était elle-même présentée comme un travail de paix.

BPW International dispose d’un statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC) depuis 1947, et d’un statut participatif auprès du Conseil de l’Europe depuis 1977. Le réseau est représenté auprès des Nations unies à New York, à Vienne et à Genève, ainsi qu’auprès d’agences spécialisées. Ce sont ces accréditations qui permettent à un message de présidente d’être autre chose qu’une déclaration d’intention : elles ouvrent des canaux de contribution aux travaux onusiens, dont la Commission de la condition de la femme (CSW) est le plus connu des clubs français.

Ce que les clubs français peuvent en faire

Premier usage, le plus simple : caler une prise de parole sur le 21 septembre. La date est fixe, elle est reconnue par les collectivités et les établissements scolaires, et le thème 2026 — « For Everyone, Everywhere, Every Day » — se prête à un format local court. Un club peut organiser une table ronde, une intervention en lycée ou en école de commerce, ou une prise de parole lors d’un conseil municipal, en s’appuyant sur trois chiffres seulement : 7 % de négociatrices, 676 millions de femmes vivant à proximité d’un conflit, 0,4 % de l’aide aux contextes fragiles dirigée vers les organisations de femmes.

Deuxième usage : relier le message à ce que les clubs font déjà. Les actions de mentorat, de formation à la prise de parole, d’accompagnement à la création d’entreprise ou de parrainage de jeunes femmes entrent directement dans la définition de « Peace Through Empowerment ». Les présenter sous cet angle au moment de la Journée de la paix donne une lisibilité internationale à des actions locales, et facilite les partenariats avec les services égalité des collectivités.

Troisième usage : le relais documentaire. Le message de la présidente est court ; les données onusiennes citées ici ne le sont pas. Un club peut constituer une fiche de deux pages — chiffres, sources, dates — à remettre aux élus, aux journalistes locaux ou aux enseignants qui sollicitent une intervention. C’est aussi le matériau d’une contribution écrite dans la perspective des sessions de la CSW, où la fédération française peut faire remonter des exemples de terrain.

Quatrième usage, enfin : la préparation des échéances internationales du réseau. Le 8e symposium méditerranéen se tiendra à Nicosie, à Chypre, du 19 au 22 novembre 2026, sur le thème « Mediterranean Horizons 2026: Empowering Women in the Era of Digital & Green Transition », avec un panel consacré à la résilience et à la stabilité dans l’espace méditerranéen. Le congrès international de 2027 se tiendra à Fortaleza, au Brésil. Un club qui travaille le sujet dès maintenant dispose d’une matière prête pour ces deux rendez-vous.

BPW International

Aperçu de l’article d’origine — President’s Messages

International Day of Peace

« Peace is not simply the absence of war. »

Atty. Diana Barragán Medina, BPW International President — 21 September 2026

Aperçu presse de l'article International Day of Peace publié par BPW International le 21 septembre 2026
Aperçu presse de l’article d’origine — version image, utilisable comme image mise en avant

Lire l’article complet sur bpw-international.org (en anglais)

Source : BPW International, 21 septembre 2026