
Gouvernance et parité · Cese, 20 mai 2026
Le 20 mai 2026, les 175 conseillères et conseillers du Conseil économique, social et environnemental ont élu Claire Thoury à leur présidence, par 97 voix sur 173 suffrages exprimés. Pour la première fois depuis la création de l’institution, la troisième assemblée constitutionnelle française est dirigée par une femme, et pour la première fois aussi par une responsable issue du monde associatif. Docteure en sociologie, présidente du Mouvement associatif depuis 2021, elle l’a emporté face à Dominique Carlac’h, ancienne membre de la direction du Medef, et devant Sylvain Boucherand, chef d’entreprise mandaté par le secteur environnemental. Son mandat court sur toute la mandature 2026-2031.
Une élection acquise dès le premier tour
La succession de Thierry Beaudet, qui avait annoncé à l’automne 2025 qu’il ne solliciterait pas un second mandat, s’est jouée sur une campagne de six mois. Claire Thoury s’était déclarée dès novembre 2025 et avait publié début avril un projet soutenu par une trentaine d’organisations ; Dominique Carlac’h ne s’était officiellement lancée qu’en mars. Le scrutin a tranché sans ambiguïté : 97 voix sur 173 suffrages exprimés, soit la majorité absolue atteinte d’emblée. Sylvain Boucherand, troisième candidat, siège désormais au bureau comme vice-président.
Le bureau élu dans la foulée comprend douze vice-présidences, deux questeurs et sept secrétaires, répartis entre les composantes de la société civile représentées au Cese. Cette mandature est marquée par un renouvellement inhabituel : environ 55 % des conseillères et conseillers y font leur entrée, et huit organisations rejoignent l’assemblée, parmi lesquelles l’Union internationale pour la conservation de la nature, Télémaque et Banlieues Climat.
Qui est Claire Thoury
Née en 1989 à Soissons, Claire Thoury a soutenu en 2017 une thèse de sociologie consacrée à l’engagement étudiant. Elle a d’abord dirigé le réseau Animafac, qui accompagne les associations étudiantes, avant de prendre en avril 2021 la présidence du Mouvement associatif, la structure qui fédère les grandes coordinations associatives françaises. Elle enseigne depuis 2023 la démocratie participative à l’École normale supérieure et siège au Cese depuis 2021, où elle a notamment travaillé au sein de la commission économie et finances et de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité.
Elle avait également présidé, en 2022, la commission chargée de la participation démocratique — une expérience directement liée aux nouvelles missions confiées au Cese depuis la réforme de 2021 : conventions citoyennes, consultations par tirage au sort, traitement des pétitions. C’est sur ce terrain qu’elle a construit sa candidature, en défendant l’idée d’une assemblée qui serait la maison commune des organisations de la société civile plutôt qu’une chambre d’enregistrement.

Aperçu de la source : communiqué du Conseil économique, social et environnemental du 20 mai 2026, « Mandature 2026-2031 : Claire Thoury élue présidente du Cese ». La course à la présidence avait été détaillée par Leïla de Comarmond dans « Les Échos » du 27 avril 2026. Lire le communiqué sur lecese.fr
Une institution que la loi a rendue paritaire
Cette première n’arrive pas par hasard. La loi organique du 15 janvier 2021 a profondément remanié le Cese, et l’un de ses articles impose une contrainte de parité inhabituelle par sa netteté : chaque organisation qui désigne des membres doit faire en sorte que l’écart entre le nombre d’hommes et le nombre de femmes qu’elle désigne ne dépasse pas un. La règle ne porte pas sur l’assemblée prise globalement, où des compensations seraient toujours possibles, mais sur chaque désignation, ce qui la rend difficile à contourner.
La même loi a réduit l’effectif de 233 à 175 membres, soit un quart de sièges en moins, et abaissé de 500 000 à 150 000 le nombre de signatures nécessaires pour qu’une pétition citoyenne saisisse le Cese, l’âge minimal pour signer passant à seize ans. Elle a enfin donné une base légale aux consultations par tirage au sort, sur le modèle de la Convention citoyenne pour le climat, en imposant là aussi la parité parmi les participants tirés au sort.
Autrement dit, l’assemblée qui vient d’élire une femme à sa tête est aussi celle où la mixité a cessé d’être une intention pour devenir une règle de désignation opposable aux organisations elles-mêmes. Le rapprochement mérite d’être fait, parce qu’il désigne le mécanisme qui produit le résultat : une obligation chiffrée, appliquée au niveau où les noms sont choisis.
Ce que les clubs BPW peuvent en faire
Premier usage, immédiat : le Cese est l’une des enceintes où les organisations de la société civile française siègent ès qualités. Les clubs qui travaillent avec des fédérations professionnelles, des unions d’associations ou des structures de l’économie sociale et solidaire ont là un interlocuteur institutionnel identifié, et une présidente dont le parcours associatif et universitaire porte précisément sur l’engagement et la participation. Les avis du Cese, publics et téléchargeables, constituent par ailleurs une matière première utile pour les interventions des clubs sur l’égalité professionnelle.
Deuxième usage : la délégation aux droits des femmes et à l’égalité, dont Claire Thoury a été membre, publie chaque année des avis et des études sur des sujets qui recoupent directement les travaux de BPW — écarts de rémunération, temps partiel subi, place des femmes dans les instances dirigeantes, violences économiques. Ces textes sont libres d’accès et se citent facilement dans une prise de parole locale ou un dossier de partenariat.
Troisième usage, plus stratégique : la règle de désignation issue de la loi de 2021 est un argument transposable. Quand un club discute avec une chambre consulaire, une fédération sportive, un conseil de développement ou une instance paritaire locale, il peut désormais s’appuyer sur un précédent français clair — l’écart maximal d’une personne entre femmes et hommes dans chaque désignation — plutôt que sur un objectif général de mixité que chacun interprète à sa façon. C’est une formulation courte, vérifiable, et qui a fait la preuve qu’elle changeait la composition réelle d’une assemblée en une mandature.
Quatrième usage, enfin : le seuil de 150 000 signatures pour une pétition citoyenne ouvre une voie de saisine que peu d’associations utilisent. Il reste élevé, mais il est désormais à la portée d’une coalition d’organisations sur un sujet mobilisateur, et il vaut la peine d’être connu des clubs qui envisagent une action nationale plutôt que locale.
Reste une observation de méthode. L’élection du 20 mai s’est jouée sur la capacité à rassembler en amont : Claire Thoury s’était déclarée six mois avant le scrutin et avait fait signer son projet par une trentaine d’organisations. C’est le même mécanisme qui décide de la composition des bureaux de clubs et des délégations à des instances extérieures. Une candidature préparée tôt, portée collectivement et adossée à un texte écrit l’emporte régulièrement sur une candidature meilleure sur le papier mais lancée trois mois plus tard.
Lire le communiqué complet sur lecese.fr
Source : Conseil économique, social et environnemental, communiqué du 20 mai 2026. Contexte de la campagne : « Les Échos », Leïla de Comarmond, 27 avril 2026.