
Gouvernance et parité · Municipales des 15 et 22 mars 2026
Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 se sont tenues sous un régime électoral nouveau : la loi du 21 mai 2025 a étendu le scrutin de liste paritaire aux quelque 25 000 communes de moins de 1 000 habitants, qui en étaient jusque-là dispensées. Le résultat est net dans les assemblées : 48,2 % des conseillères et conseillers municipaux sont des femmes, six points de plus qu’en 2020. Il l’est beaucoup moins au sommet : 22,8 % des maires seulement sont des femmes, trois points de plus qu’en 2020. Autrement dit, près de quatre maires sur cinq restent des hommes, alors même que les listes sont désormais paritaires partout.
Ce que la loi du 21 mai 2025 a changé, et ce qu’elle n’a pas prévu
Jusqu’en 2020, les communes de moins de 1 000 habitants — environ sept sur dix en France — élisaient leur conseil au scrutin majoritaire, sans liste obligatoire et sans contrainte de parité. La loi du 21 mai 2025 a supprimé cette exception : listes complètes obligatoires, alternance femme-homme dans l’ordre de présentation, fin du panachage. Une tolérance a été maintenue pour les plus petites communes, où une liste peut compter jusqu’à deux candidats de moins que l’effectif légal du conseil, afin de ne pas rendre le dépôt impossible.
La mécanique a fonctionné là où elle s’applique : la composition des conseils s’est rééquilibrée en une seule élection. Mais le texte ne dit rien de la tête de liste. Or c’est la tête de liste qui devient maire. Aux municipales de mars, un quart seulement des listes étaient conduites par une femme, tous partis confondus. Tant que ce chiffre reste à ce niveau, la proportion de femmes maires ne peut pas dépasser mécaniquement un plafond assez bas, quelle que soit la parité en aval.
La politiste Catherine Achin, spécialiste du genre en politique, situe le verrou à la fois dans la reproduction du personnel en place et dans la difficulté, pour des femmes, à revendiquer la position de meneuse : mécanismes d’écartement d’un côté, auto-exclusion de l’autre. Elle relève un point qui mérite d’être connu des clubs : une fois élues, les femmes maires sont réélues dans les mêmes proportions que leurs homologues masculins. Le déficit se joue à l’entrée, pas à la sortie.
Le décrochage des grandes villes
Le mouvement d’ensemble masque deux évolutions opposées. Dans les communes de moins de 10 000 habitants, la part de femmes maires progresse de un à quatre points selon les strates. Dans les communes plus peuplées, elle recule. Entre 10 000 et 30 000 habitants, elle passe de 18,5 % à 16,8 % ; entre 30 000 et 100 000, de 17,4 % à 16,6 %. Le recul le plus marqué concerne les quarante-deux villes de plus de 100 000 habitants : de 23,8 % à 19 %, soit huit femmes maires contre dix avant le scrutin. Paris et Marseille ne sont plus dirigées par une femme ; Lyon ne l’a jamais été. Dans les villes préfectures, la proportion tombe à 13 %.
Ce décrochage est le contraire de ce qu’on aurait pu attendre. Les grandes villes étaient soumises à la parité de liste depuis 2000 : c’est là que les viviers de candidates sont les plus fournis, et c’est pourtant là que la part de femmes maires baisse en 2026. La contrainte légale ancienne n’a donc pas produit, en un quart de siècle, une relève féminine aux têtes de liste des grandes villes.

Aperçu de la source : enquête de Sarah Benhaïda et Donatien Huet, « Dans les conseils municipaux, la parité progresse mais le plafond de verre subsiste », Mediapart, 5 avril 2026, réalisée à partir des données du ministère de l’Intérieur et de l’annuaire statistique de la Direction générale des collectivités territoriales.
Le second verrou : quelle délégation pour quelle élue
Être élue ne signifie pas exercer le pouvoir. La loi impose une alternance stricte entre femmes et hommes dans l’ordre des adjoints, mais elle n’encadre pas la répartition des délégations. Catherine Achin constate que « les délégations données restent très ségréguées » : les femmes reçoivent majoritairement les affaires scolaires, la petite enfance, la vie associative, l’action sociale ; elles sont sous-représentées aux finances et à l’urbanisme.
Ce point est le plus important pour qui réfléchit à long terme. Les finances et l’urbanisme sont les délégations qui construisent une expertise technique, une visibilité auprès des acteurs économiques et une légitimité à briguer ensuite une tête de liste, une présidence d’intercommunalité ou un mandat départemental. Une adjointe cantonnée pendant deux mandats aux affaires scolaires n’aura pas constitué ce capital, quelle que soit la qualité de son travail. La ségrégation des délégations n’est donc pas seulement une question de reconnaissance : elle organise le vivier de la décennie suivante.
Certaines élues demandent ces portefeuilles, souvent parce qu’elles viennent du monde associatif ou des associations de parents d’élèves ; d’autres les subissent. La distinction compte, et elle se pose au moment précis de la constitution de l’exécutif, dans les jours qui suivent l’élection.
Une géographie très inégale
La part de femmes maires varie fortement d’un département à l’autre. Paris, l’Ardèche, les Yvelines et le Loiret dépassent 30 %. À l’autre extrémité, la Seine-Saint-Denis, la Haute-Corse et la Guadeloupe tournent autour de 10 %, et Mayotte reste sous 6 %. Les écarts entre familles politiques existent mais sont moins marqués qu’on ne l’imagine : dans les communes ayant élu une liste étiquetée, la proportion de maires hommes va d’environ 78 % à gauche à plus de 84 % à l’extrême droite, la droite et le centre se situant autour de 82 %. Le retard est partagé.
Une mise en perspective s’impose malgré tout. Il y a quatre-vingts ans, 0,7 % des maires étaient des femmes. Et le bloc communal fait aujourd’hui mieux que l’Assemblée nationale, où la part de députées est retombée à environ 36 %, en deçà de 2022 et de 2017 — notamment parce qu’aux législatives, un parti peut préférer payer une amende plutôt que d’investir des femmes, ce qui est impossible aux municipales.
Ce que les clubs BPW peuvent en faire
Le calendrier joue en faveur des clubs : les exécutifs municipaux viennent d’être installés, et la question des délégations est encore fraîche. Un club peut demander à rencontrer les adjointes de sa commune dans les mois qui suivent l’élection, savoir quelle délégation chacune a obtenue et si elle l’avait demandée. C’est une prise de contact simple, qui donne en même temps une photographie locale exploitable.
Deuxième piste : constituer, à l’échelle d’un club, le relevé des femmes maires et adjointes du bassin de vie, avec leurs délégations. Ce document n’existe presque nulle part au niveau local, il se fabrique en quelques heures à partir des sites des communes, et il sert aussi bien à inviter des intervenantes qu’à documenter une prise de parole publique ou une demande de subvention.
Troisième piste, la plus structurante : préparer 2032 maintenant. Le chiffre décisif n’est pas la parité des listes, acquise par la loi, mais le quart de têtes de liste féminines. Une candidate à une tête de liste se prépare six ans à l’avance, par un mandat d’adjointe sur une délégation stratégique, un réseau économique local et une visibilité publique. Les clubs sont précisément des lieux où ces trois éléments se travaillent. Encourager une adhérente élue à demander les finances plutôt que les affaires scolaires, l’appuyer dans cette demande, et l’accompagner ensuite, a plus d’effet sur la parité réelle que n’importe quelle déclaration.
Dernier enseignement, moins attendu. Quand Léonore Moncond’huy, maire de Poitiers, a attendu un enfant en 2024, elle a découvert que sa commune resterait sans maire pendant son congé et qu’elle-même ne serait pas indemnisée : aucun texte ne prévoyait le cas. Sa mobilisation a conduit le législateur à combler ce vide dans le texte sur le statut de l’élu. L’épisode rappelle une règle utile aux clubs : les angles morts du droit ne se découvrent que lorsqu’une femme se trouve concernée, et ils ne se corrigent que si elle le dit publiquement.
Le nouveau mode de scrutin expliqué par le ministère de l’Intérieur
Sources : Mediapart, Sarah Benhaïda et Donatien Huet, 5 avril 2026 (données du ministère de l’Intérieur et de la DGCL) ; ministère de l’Intérieur, réforme du scrutin de liste ; La Gazette des communes, avril 2026.

